Livre : Agir maintenant pour le Québec de demain, dirigé par Luc Godbout
Publié en 2006, ce livre a comme objectif d’approfondir le débat suscité par la publication du Manifeste pour un Québec lucide et du Manifeste pour un Québec solidaire. L’ouvrage rassemble une douzaine de textes dont les auteurs sont souvent des professeurs ou des économistes, et dont certains sont des signataires de l’un ou l’autre des manifestes. Un effort sincère a été fait pour représenter les points de vue des «lucides» comme ceux des «solidaires». Certains textes sont faciles d’accès, d’autres sont plus techniques.
Les textes que j’ai le plus aimés sont ceux de Joseph Facal, Luc Godbout et de Mario Albert. Facal, avec sa verve habituelle, écrit entre autres :
On entend aussi souvent dire que la moitié des entreprises au Québec ne paient pas d’impôts sur leurs profits. Évidemment, puisque la moitié des entreprises ne font pas de profits !
p. 13Tout compte fait, on ne réinventera pas les lois fondamentales de l’économie : la croissance économique est la première condition, mais non la seule, de la vraie solidarité sociale, pas de cette solidarité incantatoire et déconnectée que seuls peuvent se permettre ceux et celles qui ne seront jamais au pouvoir, qui n’auront jamais la responsabilité de concrétiser les rêves qu’ils auront fait miroiter et, qui, très souvent, dissimulent mal leur hostilité larvée à l’endroit de ceux qui se livrent à des choses aussi triviales et vulgaires que créer des emplois et de la richesse.
p. 13Au Québec, nous aimons un peu trop à mon goût nous gargariser de mots qui sonnent noblement et qualifier de «solidarité» des initiatives financées à crédit qui reviennent à refiler à la génération suivante les sacrifices que nous n’osons faire maintenant.
p. 14Quant à nous, citoyens, nous avons un examen de conscience à faire. À mon sens, quatre réflexes collectifs ne peuvent plus durer.
- En premier lieu, l’immense majorité de nos concitoyens n’a aucune idée du coût réel des services publics qu’elle consomme tout en les prenant pour un droit acquis. Il en résulte une insouciance collective qui est terriblement néfaste. Il faut inlassablement travailler à rappeler que les services publics ne sont pas gratuits.
- La deuxième attitude qui ne peut plus durer, c’est que les Québécois ne pourront plus continuer à vouloir en même temps des investissements plus élevés dans les services publics et des baisses d’impôt […]
- La troisième attitude parfaitement contradictoire est de déplorer d’être collectivement moins riches que d’autres, tout en voulant s’épargner de faire ce que les autres font pour être collectivement plus riches que nous […]
- Enfin, les Québécois ne voient pas suffisamment que la prospérité économique est la seule manière de financer durablement et adéquatement les services publics et de faire vraiment progresser la justice sociale.
p. 15
Au Québec nous avons la solidarité sélective. Il n’y a aucune mobilisation populaire massive en faveur des plus authentiquement mal pris d’entre nous : les assistés sociaux, les sans-abri, les toxicomanes, les autochtones. Mais on monte aux barricades pour défendre le gel des frais de scolarité, le gel des tarifs de garderie, le gel des primes d’assurance automobile, le gel des tarifs d’hydro-électricité. Solidarité, cous dîtes ?
p. 17
Le texte le plus faible est sans doute celui de Pierre Paquette, qui après avoir passé des pages à tenter de démontrer que les «lucides» et tous les autres auteurs des textes du livre qui s’entendent sur l’impact important qu’aura sur nos finances publiques la dénatalité et l’augmentation de la population de 65 ans et plus d’ici 2031, accusent ces gens de faire de la «démographie de l’apocalypse». Mais M. Paquette a la solution. Il conclut que tout peut se régler : «il suffit d’envisager l’avenir autrement, dans un Québec souverain», et que si le modèle québécois a ses limites, «ces limites, ce sont aussi et surtout les limites imposées au Québec par le cadre fédéral canadien». Les choses sont tellement plus simples quand notre pensée magique nous permet, comme en astrologie ou avec le nouvel âge, de ne pas s’emcombrer de contraintes aussi viles que la réalité.
L’ouvrage dirigé par Godbout est une bonne source de pistes de solutions pour plusieurs des défis qui se pointent devant les Québécois.